Société d'Histoire et d'Archéologie de Haguenau
 

Quand la campagne se passait sur le toit d'un bus

26 mars 2014

 

Entre deux tours des municipales, le féru d’histoire haguenovienne André Wagner s’est plongé dans les archives pour raconter les élections de 1935 qui se sont déroulées dans un climat de crise économique et de montée du nazisme.

 

Ce sont surtout les questions de politique internationale qui préoccupaient la presse : la montée du nazisme et l’antisémitisme en Allemagne. Les interminables discours d’Adolf Hitler sont reproduits in extenso. On ne trouve que trois articles sur ces élections dans le Journal de Haguenau. Le premier concerne la France en général, le second parait le lendemain du premier tour, le dernier donne les résultats la semaine suivante. Tout semble donc être passé paisiblement au plan local, ce qui est bien loin de la vérité. Les difficultés d’intégration de l’Alsace à la France et la politique d’assimilation menée par le gouvernement ont tenu une bonne place dans la campagne électorale, ceci sur fond d’autonomisme. La défense du statut religieux et administratif hérité du temps du Reichsland est mis en avant, ainsi que les thèmes de la lutte contre les partis de gauche, et bien entendu leur anticléricalisme. On n'est pas prêt d'accepter le laïcisme. 

La ville en déficit à cause de la chute des prix du bois

Il y a aussi une polémique financière. En effet, la ville connaît en 1932 un déficit budgétaire. Ceci en pleine période de crise économique et de chômage.Le candidat et futur maire, Désiré Brumbt, attaque la gestion de la municipalité et met en cause l’action du secrétaire général qui a la main mise sur les finances. Il l’accuse de mener une politique de luxe en cette période difficile. Faute d’articles de presse, la campagne s’est faite par des affiches, des réunions et surtout de bouche à oreille. Le restaurant du Tigre a toujours été le centre stratégique de cette agitation. Des photos montrent les candidats, dont le futur maire, faisant campagne sur le bus de la ligne Wissembourg-Strasbourg qui s’arrêtait place d’Armes. Désiré Brumbt a été élu maire au troisième tour, par dix-sept voix et dix bulletins blancs, le bus qui avait servi de tribune, par contre, avait moins de chance. Il a fini accidenté. L’antagonisme de personnes qui avait agité la ville continua après les élections, agrémenté d’une attaque pour fraude électorale qui aurait eu lieu. Dès la première réunion du conseil municipal le maire fait allusion aux nombreux bruits répandus lors des élections.

Maintenir la paix religieuse dans la commune

Il déclare solennellement qu’il fera tout pour maintenir la paix religieuse dans la commune et considère que l’heure est beaucoup trop grave pour entrer dans les détails de ce qui s’est passé hors conseil municipal. Il fait appel à toutes les bonnes volontés, ce qui n’évite pas quelques passes d’armes savoureuses entre le nouveau maire et l’ancien, Georges Weiss, qui demande si on est au conseil municipal ou dans une écurie. Peu à peu, le bruit des bottes se fait entendre et met fin à la polémique.

 
Quand la campagne se passait sur le toit d'un bus
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